12 Heures du 22 Hunter
On l’a rêvé, on l’a fait !!! Comme quoi, en partant d’un pari un peu fou on arrive finalement à une belle épreuve.
Tout a commencé à la fin d’un repas de 22 Hunter à Antibes en septembre 2008 sur une boutade « Et si on se faisait des 24 heures du 22 Hunter ? ». Pour être un peu à l’origine de ce type de tir à 10 mètres au début des années 80, j’avais envie de renouveler cette expérience avec la discipline 22 Hunter.
Pourquoi ? Tous ceux qui ont tiré ce genre d’épreuve marathon en ressortent fatigués mais grandit techniquement. En effet, les entraîneurs le savent bien, c’est dans la fatigue excessive et provoquée que l’on arrive à épurer sa technique et comprendre bien des choses pour gagner ensuite du temps à l’entraînement et surtout en compétition.
Mais ce n’est pas toujours facile d’organiser une telle épreuve, surtout la première fois. Il faut trouver un stand d’accueil, une équipe d’encadrement compétente, des sponsors compréhensifs, bref tout le côté bassement matériel de l’événement. Finalement, après quelques déboires, j’ai décidé de ne faire que des 12 heures, mais de nuit, de 22 heures à 10 heures pour garder le côté « fatigue » de l’épreuve et rester dans du « fun »…
L’obstination paye souvent et surtout la solidarité de la communauté des tireurs. Le projet était pratiquement au point mort après de nombreuses et diverses défections, jusqu’au moment où César Beyrie, tireur bien connu de la Silhouette Métallique, est venu vers moi et m’a dit : « Jeff, si ce match te tient vraiment à cœur, je suis partant avec toi ». Il n’en fallait pas plus pour me redonner une motivation décuplée et finaliser cette épreuve.
Finalement, le club de tir de l’UGAP de Romans-Bourg de Péage et son président Georges Durand ont accepté le principe des 12 heures. C’était enfin sur les rails.
J’avais prévu au départ de contacter un encartoucheur et d’allouer une dotation en cartouches de qualité match aux tireurs, correspondant au nombre de cartouches tirées pour diminuer les coûts. La démarche a été faite mais hélas, sans succès…
Heureusement, au cours de l’un de mes passages à la FFTir, j’expose mon projet à Jean Bourdeaux, élu fédéral et responsable, entre autres, des équipements. Il est tout de suite emballé par le concept et me donne son accord de principe pour une dotation exceptionnelle de 15 000 cartouches avec de la RWS R50 et de la Eley Tenex. L’affaire était vraiment lancée.
Mais le mérite de l’organisation générale revient surtout à César Beyrie qui s’est démené avec conviction et acharnement pour nous organiser une compétition sans faille. Il fallait en effet équiper le stand en conformité pour un tir de nuit avec l’électrification du champ de tir pour voir les girouettes, concevoir l’éclairage des cibles, prévoir l’accueil des tireurs, l’aménagement d’une salle de repos, la mise en place d’une restauration permanente, sans oublier l’encadrement permanent, le contrôle des points et une remise des prix bien dotée.
Dans un post sur un forum de tir privé, César nous a rappelé l’ensemble des bonnes volontés qui ont permis la concrétisation de ce rêve un peu fou.
Je le cite pour ne pas en oublier : « Tout seul je n'y serais pas arrivé, c'est pour cela que je tiens à remercier Georges Durand et tout le staff de l'UGAP, Cyril de l'armurerie Fontaine, Christine de l'armurerie Gilles, la FFTir pour la dotation de 15 000 cartouches, la société GEF pour ses cartons, le Crédit Agricole de Bourg de Péage, la société Yvan Traversier Electricité, Robert Astier pour ses bons conseils, l'entreprise SLB Services, Locapost avec Philippe Marchand, la Croix Rouge Française de Romans-Bourg de Péage pour les lits de camps, la société Charpail pour le groupe de secours, la Cafétéria Casino pour les repas sans oublier mon entreprise www.beyrie-metal-alu.com et aussi mon ami William Lubac ».
Effectivement, une organisation de cette ampleur requiert des forces vives, diversifiées et transversales pour arriver concrètement à son terme. Cette petite introduction était nécessaire pour mieux comprendre son historique et sa réalisation finale, encore un grand merci à tous ceux qui y ont contribué efficacement.
Alors ces 12 heures me direz-vous ?
Le protocole de tir était assez simple, il fallait constituer des équipes de trois tireurs pour faire le plan de tir et les rotations selon le même timing qu’un match normal, c’est-à-dire 20 minutes de tir, 10 minutes pour le changement de cibles et la série suivante pouvait commencer. Chaque tireur de l’équipe tirait au départ la 1è série sur la même table et à la rotation suivante, toutes les équipes se déplaçaient de trois tables pour balayer l’ensemble du stand et assurer une équité des tirs en fonction des conditions météorologiques. Chaque tireur effectuera huit matchs en alternance avec ses co-équipiers pour un total de 24 matchs pour l’équipe au rythme d’un match toutes les 30 minutes.![]() | Téléchargement du plan de tir par équipe et par match.xls ici... |
![]() | Téléchargement du plan de tir par tireur, par équipe et par match.xls ici... |
Le stand de l’UGAP disposant de 10 tables, ce sont donc 10 équipes de 3 tireurs qui ont eu le privilège d’inaugurer cette formule inédite. L’ensemble du territoire était bien représenté puisqu’il y avait des tireurs venant de Lille à Saint-Laurent du Var en passant par Bastia, Saint-Raphaël, Vitrolles, La Fare les Oliviers, Toulouse, Castres, Lucé, Chatenoy le Royal, Livry-gargan, Soisy sur Seine et bien sûr l’UGAP de Romans-Bourg de Péage. Il n’était pas obligatoire de faire partie du même club pour constituer l’équipe.
![]() | Téléchargement de la composition des équipes.xls ici... |
Comme dit précédemment, nous avions décidé de commencer la compétition le samedi 6 juin à 22 heures, d’une part pour laisser le temps aux tireurs éloignés d’arriver sur place, de limiter les frais d’hébergement et d’autre part de faire un maximum de tir de nuit jusqu’à 10 heures du matin. La remise des médailles était prévue pour le dimanche 7 juin à 11 heures et le repas à 12 heures.
| Les participants et le Staff |
Lors du repas du samedi soir, un rapide briefing sur l’ensemble de la compétition fut écouté avec la plus grande attention par l’ensemble des participants, sans trop laisser refroidir les spaghettis à la Bolognaise. Dès le dessert avalé et le café bu, le ballet de l’installation et de la préparation du matériel a vite commencé dans le stand 50 mètres jouxtant le pas de tir en lui-même.
| Repas en commun |
Chaque équipe s’installe, vérifie, commente le stand, essaye de l’analyser, l’effervescence est à son comble jusqu’au départ de la première série du premier match à 22 heures pile, lancée par notre ami César.
| Le début du tir est imminent... |
Le crépitement des 22 LR déchire le calme de la nuit et tous les autres co-équipiers sont là, l’œil vissé sur les télescopes derrière les tireurs, dans un calme impressionnant. Fin de la première série, les pieds, les coussins et les carabines se rangent et sortent de nouveau des caisses et des sacs comme par magie pour prendre leur place sur les tables de tir. 22h30, nouveau commandement et le deuxième équipier attaque sa série.
Le même crépitement sec contraste avec encore quelques chants d’oiseaux nocturnes. 30 minutes plus tard, la valse bien réglée du changement de matériel se remet en place, tout le monde est encore présent pour observer la fin de la deuxième série. Entre temps, les premiers résultats tombent, notre duo de choc à l’arbitrage commence lui aussi sa longue nuit et eux, ils ne dormiront pas une minute !!!
| Georges Jouin et William Lubac à l’arbitrage pour une longue nuit |
C’est déjà la fin de la troisième série du premier match et la rotation de table s’organise tout de suite. Chacun des équipiers aide le tireur suivant à se mettre en place et garder le tempo car il ne faut surtout pas prendre de retard sur l’horaire.
Un petit attroupement se forme subitement près d’un bureau du club, William vient d’afficher les résultats du premier match et, bonne surprise, je suis en tête avec 262 suivi de très près par 4 cartons à 261, ça démarre fort. La « Maiuri family » de Saint-Laurent du Var, composée de Lili, la mère, Vittorio, le père et Paolo, le fils, prend la tête par équipe avec un superbe tir groupé (261, 258 et 259). Chacun commente, commence à refaire son match, lance des pronostics pendant que le tir reprend en avançant tout doucement vers minuit.
C’est déjà la 4è série qui se tire et maintenant certains tireurs règlent leur réveil pour une petite trentaine de minutes en se dirigeant vers la salle de repos qui commence à résonner de quelques ronflements. Les lits de camp de la Croix Rouge Française sont les bienvenus pour pouvoir s’allonger tranquillement.
| Salle de repos |
Bip, bip, bip, ça y est, il faut y retourner, prendre des nouvelles de ses co-équipiers, faire une rapide analyse des conditions, vérifier son poste et son matériel de tir, surtout ne rien oublier et se remettre dans sa bulle pour 20 minutes de match. César tient le coup, toujours au commandement du pas de tir, nos arbitres sont infatigables à la pige, par contre les spotters sont un peu plus clairsemés mais les tireurs toujours alertes derrière leur carabine.
Les séries s’enchaînent et les pronostics vont bon train entre les quelques courageux noctambules restants. Jean-Louis Espinet, The Pigman, nous sort le premier 250 au deuxième match. Ensuite les écarts se creusent avec un chassé-croisé sur les cinq premiers en individuel avec deux bonnes surprises, Jojo Battrel de Lille, un rocky de la discipline qui s’étonne à chacun de ses tirs de rester dans le groupe de tête et Fred Jeandenand qui n’arrête pas de tourner autour des arbitres et scrute la pige, normal, il vient de faire son premier 250 !!! Il y en aura encore deux dans ce 4è match avec Babeth Corsetti et Christian Salva. Il ne faut pas oublier qu’il s’est tiré de 2h30 à 4h00 du matin…
Le petit matin arrive avec le 6è match, entre chien et loup. Les oiseaux recommencent à siffler, la salle de repos est un peu désertée, le ciel change doucement de couleur, le noir du ciel fait progressivement place au bleu foncé puis au bleu azur, la fraîcheur du matin contraste avec la chaleur du café que l’on tient entre nos mains, une nouvelle journée pointe, toujours ponctuée par le claquement des balles dans le silence du stand de tir.
| Les tireurs au petit matin... |
Le 7è match, entre 7h00 et 8h30, nous apporte encore une bonne surprise, The Pig nous sort un carton à 250 avec 19 mouches pour un total de 269, nouveau record de la discipline !!!
La nuit est passée si vite, chacun recommence vraiment à s’agiter pour le 8è et dernier match, pas de traces flagrantes de fatigue mais au contraire une saine excitation commune dans l’attente des résultats finaux. Aurélien Chatot de Castres termine en beauté avec son premier 250, les pin’s vont fleurir sur les blousons au prochain match (hé oui, on a fait faire des pin’s « 250 » pour immortaliser la performance).
Au classement final individuel, Babeth Corsetti coiffe Jean-Louis Espinet sur le dernier match et Jean-François Raybaut prend la 3è place devant Steve Kizic, Fred Jeandenand et Joël Battrel. Pour les quatre premiers, on retrouve, en fait, le classement général du Circuit National, la hiérarchie a été respectée…
Pour le classement par équipe, c’est celle constituée de Jean-Louis Espinet, Carlos Pirès et Jean-François Raybaut qui gagne la compétition avec 6 224 points (259,33 de moyenne) et devance l’équipe constituée de Steve Kizic, Paul Priolo et Babeth Corsetti qui totalisent 6 209 points (258,70). Le podium est complété par les Franciliens, Thierry Barbet, Francky Tabuteau et David Schmitt avec 6 129 points (255,37).
C’est déjà fini, certains auraient envie de continuer, tellement cette expérience de tir a été enrichissante. Chacun y va de son petit commentaire et même les sceptiques de la première heure viennent me remercier de leur avoir fait partager cette nuit de tir inoubliable. Pour ma part, c’est une mission accomplie jusqu’au bout du rêve, du mien et de ceux qui y ont crû et ont soutenu ce projet du début à la fin, ils se reconnaîtront, un grand merci encore du fond du cœur.
Mais non, ce n’est pas fini ! Le président Georges Durand rameute tout le monde pour un petit discours en présence des journalistes et des élus locaux qui sont venus spécialement pour la remise des récompenses.
| Georges Durand remercie Jean-François Raybaut pour son initiative |
En tout cas les journalistes présents ont retracé fidèlement les commentaires qui ont été faits et un bel article est rapidement paru dans le Dauphiné Libéré, comme quoi, on peut parler positivement du tir dans la presse !!!
| © Article du Dauphiné Libéré |
Voilà, maintenant c’est vraiment terminé, ce fut une réussite totale pour cette première mondiale. Vous pouvez m’envoyer dés maintenant les candidatures de clubs, de tireurs et de sponsors pour l’organisation de la deuxième édition, je suis preneur…
Bon tir et à l’année prochaine !!
| La plaquette stylisée par César Beyrie |
Jean-François Raybaut
Conseiller Technique National FFTir